Mon année de T1 en tant que maitresse d’un jour.

Avril 2017 :

Une journée, deux journées à se renseigner sur la distance « maison-école ». Plus d’une demi-journée pour me décider quelle école mettre en première position, en deuxième, etc… Je me renseigne, on me donne comme seul conseil « Ne mets pas ce que tu ne veux pas » alors j’écoute et je me lance. 30 vœux, 23 maternelles spécifiques, 7 villes dans lesquelles je ne demande que de la maternelle. Je valide enfin tout ça sur I-prof. Je sais que ce que je demande est inenvisageable avec mes pauvres 0,33points. Je sais que je rêve, mais n’a-t-on plus le droit de rêver et d’espérer ?

Mai 2017 :

Les résultats définitifs tombent. Rien pour moi. Je prends mon mal en patience, je le savais.

 

Juillet 2017 :

Je suis en colo près d’Angers, je reçois un message me disant que les postes provisoires sont donnés. Je fonce sur I-prof, effectivement… le verdict est tombé. Ce sera 4 quarts temps pour moi cette année. J’espérais au fond de moi avoir un peu de maternelle, car « ayant fait 30 vœux pour la maternelle, ils savent bien que je m’y sens mieux. ». Mais non « E.E.PU » écrit 3 fois. Les larmes coulent, je craque complètement dans le coin « repos » de la colo, je fonds en larme et je sens le sol qui s’effondre.

Oui, je sais, vous me direz que nous sommes aptes à enseigner dans n’importe quel niveau. Mais j’espérais au fond, lire E.M.PU sur au moins une de ces affectations.

J’appelle Anaïs en larmes, je lui dis que je n’y arriverai jamais, que je n’allais pas tenir une année en élémentaire, que je suis incapable d’être une bonne enseignante dans ces niveaux… Elle relativise en me demandant d’appeler les écoles « on sait jamais si quelqu’un est là pour te donner les niveaux… ». J’appelle, pas de réponse. Je lance alors le bouche à oreilles sur Facebook. En une semaine, je savais quels niveaux j’étais susceptible d’avoir… Seulement du cycle 2, alors je souffle. Je me dis que j’échappe au cycle 3 qui me fait horriblement peur..

Aout 2017 :

La motivation n’est pas là, j’ai la trouille de reprendre. Les binômes ont l’air sympas, elles me donnent les matières au fur et à mesure. Chouette, j’ai les mêmes qui reviennent en permanence :

–       Lexique
–       Géométrie
–       Espace
–       Temps
–       EPS

J’aurai donc moins de préparation dans mes semaines…

La pré-rentrée est là, je dois courir à trois endroits différents en une matinée pour rencontrer toutes les collègues. École N°1 : fait. École N°2 : fait. École N°3 : « Et merde, j’arrive à la fin… tout le monde se barre. »

J’arrive comme un cheveu sur la soupe, ou plutôt … Comme le bouche-trou de la semaine.

Septembre 2017 :

C’est parti, rencontre avec tous les loustics. 100 au total« Mais comment je vais faire pour retenir leur prénom ? Ambre ressemble beaucoup trop à Jeanne… Et Arthur a la même tête que Thomas… ». 100 prénoms, 100 visages à retenir, 4 fonctionnements de classe différents, 4 binômes à compléter, 3 équipes avec qui discuter…

Je pense que mon cerveau va exploser avec toutes ces informations. Mais ok, je veux bien essayer de toute façon je n’ai pas le choix… Un an, un an de galère c’est parti.

Octobre 2017 :

Je prends le rythme, je cherche des solutions pour mon organisation, je cherche des solutions pour cette classe qui me pose problème. J’essaie de faire mes notions sous forme de jeu avec les élèves, je n’arrive pas à évaluer… Alors je retarde un peu la chose.

Novembre 2017 :

Les binômes commencent à me presser pour les évaluations, ok. Je me lance, j’essaie de rattraper la chose. J’évalue, je vois certains élèves angoisser à l’idée d’être devant une évaluation, alors je culpabilise. Je déteste ce système… J’étais comme ça plus petite, les évaluations m’angoissaient tellement que j’étais incapable de les faire. Mais bon… « Il faut des notes Nina, alors là active-toi. »
Je fais, sans grand plaisir, mais je fais ce qu’il faut.

Je sens que mon corps commence à me lâcher, que la pression invisible au-dessus de ma tête m’oppresse. Mais je tiens le coup, on me répète que je suis forte, même si je n’y crois pas.

Le 28 novembre, PPMS catastrophe naturelle dans mon école du mardi, je reçois un appel de mon grand-frère deux minutes avant l’alerte « Papa se fait opérer, il passe sur le billard en urgence pour 5h d’opération du cœur. »
Le choc, je suis à deux doigts de m’effondrer, mais non, j’ai mes élèves en face de moi, je me retiens, je retiens ces larmes qui veulent couler. Je descends dans le calme jusqu’à la salle dans laquelle nous devons nous mettre. Mes collègues me regardent, je leur explique. Je me retiens encore, je ne veux pas craquer devant eux. Mes élèves ont vu que quelque chose se tramait derrière le coup de téléphone, ils m’envoient des regards inquiets. Et c’est parti, je sors de la pièce, je ne tiens plus. Je n’ai pas le droit de sortir de l’école, PPMS catastrophe naturelle l’oblige, nous sommes confinés jusqu’à l’appel de fin d’alerte. Je pense au pire, je n’ai qu’une envie : prendre la route pour aller rejoindre mon père.

Fin d’alerte 40 minutes après, ma binôme me dit de partir, d’aller le rejoindre et de laisser la classe. Je prends quand même le temps de leur expliquer que je dois m’en aller, ils m’offrent des dessins et me font un câlin parce que « maitresse, ça a l’air d’être une mauvaise nouvelle… Comment on peut faire pour te faire plaisir ? ». L’un de mes élèves me demande « Maitresse, tu reviens la semaine prochaine hein ? Tu ne nous laisses pas ? T’es forte maitresse. »
Et je réponds avec un sourire « bien sûr que non, je ne vous abandonne pas. »

Décembre 2017 :

Je passe mes journées à faire la route « maison-hôpital ; hôpital-maison ». On attend que le temps passe pour voir s’il s’en sort. Et moi je suis tout simplement incapable de retourner en classe. Incapable de me tenir debout en face de mes élèves, incapable de préparer quoi que ce soit… Alors direction le docteur. T1 depuis 4 mois et mon médecin m’annonce quelque chose que je ne pensais pas pouvoir faire (pas en si peu de temps de carrière) « Nina, tu nous fais une belle dépression là… Je ne peux pas te laisser retourner en classe… Tu dois te reposer. T’as besoin de décrocher », de toute façon, je m’en fou l’important pour le moment : mon père. Je me refuse de ne pas y aller chaque jour et ce ne sont pas les 110 kms quotidiens qui me feront changer d’avis.

Mi-décembre, mon grand frère me force à rester à la maison, à me reposer. À quoi bon ? Rester au lit toute la journée ? Pleurer en permanence. Non, j’ai l’impression d’être ridicule.

Le mois passe, on me demande des notes alors que je suis en arrêt. On me demande de remplir les notes sur Edumoov, mais je suis à des kilomètres de ça les gars. Edumoov, sur le moment je m’en tamponne le coquillage.. (J’essaie de rester polie… Pardonnez-moi). Je refuse donc, on me laisse tranquille concernant l’école…

Janvier 2018 :

Mon papa va mieux (je vous rassure au passage, vous lecteur de mon roman ahah), il est admis en rééducation cardiologique dans le 95. Ce n’est pas très loin de la maison et j’en suis heureuse. Je reprends donc le travail parce que selon quelqu’un que vous connaissez bien (coucou Anaïs) « Ce n’est pas en restant chez toi que tu vas aller mieux ! ». Bon, d’accord, je tente le retour à l’école.. J’ai été bien accueillie par mes élèves du lundi et mardi, ils m’ont dit que je leur avais manqué. Mes élèves du jeudi et vendredi m’ont étonné… J’ai eu le droit à mes deux classes réunies devant la salle des maitres, tous, le regard vers moi à l’intérieur et avec des sourires de vainqueur. En rigolant, je dis aux autres : « Euuuuuuuh… Si je sors maintenant, je meurs étouffée sous 55 corps d’enfants. » La sonnerie retentit, ils filent se ranger. J’avance dans la cour accompagnée de mon AVS et là… Imaginez un troupeau courir vers vous d’un coup.. C’était le coup de grâce. Un énorme câlin collectif auquel je ne m’attendais pas… Ils m’en ont fait pleurer… Bravo !

« Maitresse ! Tu m’as beaucoup beaucoup trop manqué quand tu n’étais pas là, j’étais triste… J’ai cru qu’il t’était arrivé quelque chose de très grave ! J’ai cru que t’avais le bras cassé, ou la jambe… Toutes les 5 minutes, je pensais à toi. »
J’ai souri et je l’ai rassuré en bougeant dans tous les sens « Mais non ! Tu vois bien, je vais bien ne t’en fais pas. »

Allez, ça signe mon retour dans ce quotidien divisé en 4.

Février et Mars 2018 :

On reprend la routine, on se lève, car il faut se lever. Des élèves m’attendent. On fait des séquences, des séances, on évalue. Le temps continue de défiler… Plus que quelques mois.

Avril 2018 :

On reprend la même chose qu’au début de cet article. C’est l’heure du mouvement. Il faut faire des choix, calculer le temps de trajet (car oui, entre-temps j’ai déménagé donc je dois tout recommencer). Je prends moins de temps que l’an dernier, je sais que le premier mouvement ne sera pas concluant, mais j’essaie quand même des choix stratégiques. Advienne que pourra !

Mai 2018 :

Je recommence à lâcher prise, à être triste pour pas grand-chose, je lutte pour aller bosser. Mais je garde en permanence le sourire. C’est quand même plus agréable des collègues qui sourient non ? Alors j’évite de faire la tête, je garde tout pour moi. Je ne stresse pas pour le mouvement et je me persuade que je n’aurai rien pour tomber de moins haut le jour J.

Juin 2018 :

On y est, les résultats du premier mouvement sont tombés, je n’ai rien. « Tiens.. Étonnant non ? »

Je le savais. On recommence à attendre que la nouvelle arrive sur Iprof, en espérant encore lire « E.M.PU » sur cette foutue affectation.

Allez, on termine ce mois comme on peut, on boucle au mieux les programmes, on fini les quelques projets avant de devoir dire au revoir à mes 101 élèves

____________________________________________________________________________________________

 

Bilan de cette année scolaire 2017-2018 :

J’avais besoin de vous exposer tout ça, besoin de vous raconter les quelques coups durs. Ce poste est un poste très compliqué, car nous devons réellement nous adapter en permanence, on doit tâtonner quelques mois pour trouver un bon fonctionnement, celui qui nous correspond. Malheureusement, c’est la dure loi des débutants et nous devons faire avec. Je ne sais quels conseils vous donner, car j’ai très mal vécu cette année de T1. J’ai un peu laissé les choses à l’abandon, j’ai laissé Anaïs gérer la page quelque temps, car je ne savais pas de quoi je pouvais vous parler. J’espère revenir en force l’an prochain !

Même s’il m’arrive de remettre en cause ce choix de métier en permanence cette année, je sais que c’est CE métier-là qui est fait pour moi. Je sais que je suis capable d’être une bonne enseignante… Mais le poste que l’on nous offre définit tout ça.. Forcément, la motivation n’est pas la même chaque jour quand on a un poste à l’année, quand on est en dans un autre cycle que celui que l’on préfère, quand on est la maitresse de tel ou tel jour…

Je sais que je répète souvent que j’ai envie de tout abandonner, mais au fond.. Je sais aussi que j’en serai incapable.
Car si je suis encore en poste aujourd’hui, si je suis encore ici à vous écrire en tant qu’enseignante c’est grâce au soutien que l’on peut trouver dans notre entourage, grâce à vous, mais surtout, surtout… Grâce à mes 101 élèves. C’est pour eux qu’on fait ça, souvenez-vous en.

Je ne sais pas si cet article vous aura aidé, je ne sais pas s’il sert à grand-chose, mais j’en avais besoin, je pense.. Besoin de mettre tout ça par écrit et montrer que ce métier n’est pas celui que tout le monde veut voir. Que nous ne sommes pas juste en vacances tout le temps. Que la réalité du terrain est là. J’aurai pu en ajouter tellement, sur des remarques faites par certaines personnes, par des parents, par des collègues … Ce métier nous bouffe tout le long, mais c’est un métier qui peut aussi nous apporter des moments magiques, mais n’oubliez pas de vivre aussi votre vie !

 

N.

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6 réflexions sur “Mon année de T1 en tant que maitresse d’un jour.

  1. Lefebvre dit :

    Allez courage. Ces premières années de galère sont formatrices au fond. Profite du fait que tu n’as pas toute la paperasse à gérer (Je deteste). Tu auras peut être un poste à l’année cette fois, et même en maternelle qui sait. C’est bientôt les vacances 😁.

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  2. Lizzie dit :

    Je vous suis surtout sur Instagram et je sors de l’ombre pour poser mon petit témoignage… J’ai commencé comme toi, il y a 15 ans, par des compléments de service, pendant 3 ans… Et pendant ces 3 ans, j’aurais pu écrire, à quelques détails près, la même chose que toi. Je rêvais d’avoir enfin MA classe. C’est ce qui est arrivé, et étant à 80% depuis 3 ans, j’ai travaillé avec une collègue de mon âge, qui faisait des compléments de service, par choix. Je viens d’avoir les résultats définitifs du mouvement, et à la rentrée prochaine, je retrouve, par choix cette fois, un poste fractionné. Ce qui m’a motivée, c’est moins de paperasse et moins de contact avec les parents, qui sont de plus en plus pénibles et sans gêne je trouve (pas tous, hein, évidemment, mais ça a suffi pour me dégoûter…). En fait, c’est la solution que j’ai trouvée pour prendre un peu de recul. Et peut-être (sûrement) que je changerai à nouveau dans quelques années…
    J’espère pour toi que tu réussiras à avoir un poste en maternelle 🍀
    C’est sympa de voir des jeunes collègues motivés et pleins de bonnes idées. Continuez ce que vous faites, mais comme tu le dis en conclusion, en prenant du temps pour vous et vos proches, c’est tellement important et pas facile dans ce métier.
    Je te souhaite du courage, de la chance, et surtout du bonheur dans ce que tu feras l’année prochaine!

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  3. Bubu dit :

    Bonsoir. Je viens de voir ton article. J ai 15 ans d ancienneté. Au début, j ai bien bien galéré avec des postes en spécialisé et loin!!! Et puis un jour, j ai eu poste fractionné: l horreur quand tu ne souhaites qu une seule chose: avoir ta classe et y investir!!!
    100 élèves, mais 200 parents d élèves à retenir ( environ hein, sans compter les grands parents, tantes…)
    Il en faut de la mémoire!!
    Il en faut de l adaptation!
    C est chaud, c est fatiguant, c est usant…
    J essayais de voir le « bon » côté: prendre des idées de fonctionnement de classe… malheureusement, je n ai pas pris grand chose… les enseignants n étaient plus très motivés et ne faisaient pas grand chose… en tout cas, rien d’innovant..
    Et puis un jour, chance ( au bout de 13 ans d ancienneté!) !!! Mon poste ferme: jack pot de points!! Je suis enfin titulaire depuis 3 ans. Je suis au anges et je te souhaite de moins galérer les futures années…. je sais que c est très très tres dur… mais peut importe le niveau et le type de poste, les enfants sont toujours aussi attachants et on les aime et on travaille pour eux. bon courage

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  4. estellem dit :

    Coucou!
    J’ai bien lu au début puis en travers car je serai à la rentrée T4 sur Nice (dans le 06 avant d’avoir ta classe dans une école à peu près sympa compte 10-12ans) et j’aurai comme l’année dernière un poste fractionné 3 tiers temps. J’ai redemandé ce poste car je l’ai adoré. Je déchrge des directrices donc pour communiquer avec elle facile, elles sont dans l’école. Je n’ai pas à gérer les parents et la paperasse. En revanche je vois plusieurs fonctionnements ce qui est top en début de carrière. Je te l’accorde beaucoup de boulot mais j’ai apprécié ne pas revoir tous les jours les mêmes élèves. Mon seuil en patience est du coup nettement plus haut; quand ils sont pénibles je me dis que je ne le verrai pas le lendemain.
    Donc en dehors du fait qu’il y a beaucoup de travail, ce poste a ses avantages. Dans mon quartier il faut être T8 en moyenne pour obtenir un poste fractionné à TD. J’attends donc 😉
    En tous cas merci pour votre bonne humeur les filles!

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